Dans le cadre de la rédaction de mon troisième livre, j’ai interviewé des dirigeants afin qu’ils retracent les différentes périodes de leur aventure entrepreneuriale, de la création ou reprise d’entreprise à la transmission.
Puissent ces courts extraits, sans angélisme ni catastrophisme, montrer ce qu’est la vie d’un entrepreneur faite de passion, de challenges, de chance parfois et de courage souvent.
Et puissent les nouvelles générations être tentées par cette folle aventure, en réinventant leur rôle de dirigeant en fonction de leur propre personnalité et des nouveaux besoins du monde.
Béatrice Schmidt -Thollin / Efi Automotiv

Un peu d’histoire :
Béatrice fait partie de la 4ième génération depuis la création de l’entreprise familiale par son arrière-grand-père en 1936. Son père Patrick Thollin a repris l’entreprise Electricfil en 1992 et la propulse à l’international. C’est après quelques années au sein d’une filiale allemande du groupe devenu EFI automotiv, que Béatrice rejoint la France en 2017 à la direction marketing et communication de l’entreprise familiale. Elle en prend la direction générale en 2019 et la présidence en 2020 au moment du COVID. Malgré la succession des crises, son meilleur allié a toujours été sa foi indéfectible dans la résilience de son entreprise et de la communauté des 1700 hommes et femmes qui la font vivre.
Béatrice a par ailleurs dû apprendre à concilier les rôles de femme, mère et dirigeante. Depuis, ils lui semblent complémentaires. Elle considère même qu’ils s’enrichissent mutuellement. Elle insiste sur l’importance de ne pas culpabiliser et de rester disponible dans l’instant présent.
Ce qui lui tient à cœur :
Sa plus grande joie réside dans le travail d’équipe, le développement de l’autonomie et la capacité à créer ensemble, en valorisant les complémentarités de chacun. Elle promeut
- la transparence pour que les équipes comprennent mieux les enjeux
- la confiance pour favoriser l’initiative
- et l’intelligence collective pour construire l’avenir
Béatrice voit l’entreprise comme une communauté humaine qui doit avant tout permettre le développement de ses hommes et ses femmes.
Son conseil aux entrepreneurs :
Ne pas avoir peur : L’entrepreneuriat est un acte de foi et de volonté. Il faut croire que tout est possible et s’offrir la liberté d’explorer son chemin.
Avoir la conviction de sa mission : Être persuadée d’être à sa place est une boussole qui permet de ne pas être déstabilisée
Être sincère et authentique : Le chemin de l’entrepreneure est un chemin de vérité et de sincérité profonde ; il est impossible de se cacher.
Accepter l’accompagnement : Ne pas hésiter à se faire accompagner et soutenir
Montrer l’exemple : respecter ses besoins, savoir se ressourcer, gérer son agenda et ses priorités. Cela permet aux autres d’en faire de même.
Faire confiance au système : Avoir confiance que le système compensera les limites individuelles et trouvera des solutions collectivement.
Oser la « folie » : Être capable d’ouvrir de nouvelles voies et de faire ce qui n’a jamais été fait.
Merci Béatrice de faire honneur aux femmes en offrant ton humanité, ta force, ton courage et ta foi au monde parfois rude mais passionnant de l’industrie du XXI ième siècle.
ERIC SARRAT / GT LOGISTICS

Un peu d’histoire :
C’est le grand père d’Eric Sarrat, Gaston Trochery, qui a créé l’entreprise familiale en 1919 et c’est en 1978 qu’Eric en est devenu le président, après en avoir été le directeur commercial. Son frère Michel l’a rejoint en 1979. En 2001 Eric oriente l’entreprise vers la logistique industrielle. GT Logistics est un groupe qui compte aujourd’hui 1400 salariés.
Ce qui lui tient à cœur :
Depuis l’origine, l’Homme est reconnu comme la valeur principale du groupe.
Au sein de GT Logistics, l’innovation, le progrès et la valorisation des Hommes sont réalités depuis bien longtemps : pour preuve
- la création de structures de formation (Institut GT, Ecole du conducteur en 1987, Ecole de management en 2005) pour permettre aux personnes de grandir.
- L’ouverture du capital aux salariés en 1993. Ceux-ci détiennent aujourd’hui près de 20% du capital pour partager ensemble la réussite et rester libres.
Quant à la responsabilité environnementale, l’entreprise s’est engagée dès 1987 en signant la charte d’engagement à la réduction d’émission de CO2 et s’est investie en 2023 dans le parcours Convention des entreprises pour le climat avec 80 autres entreprises de Nouvelle Aquitaine.
Un conseil aux repreneurs :
Eric s’est éloigné petit à petit de la présidence et a déjà bien organisé la transmission en laissant aux plus jeunes tout loisir de poursuivre cette aventure entrepreneuriale. Il formule le vœu que dans quelques années son petit-fils puisse à son tour, s’épanouir dans ce rôle de dirigeant, en innovant comme lui et en créant, à son image, ce que sera le groupe GT Logistics de demain.
Gabriel Chaigneau / Alliance Caoutchouc

Un peu d’histoire :
La société Alliance Caoutchouc a été créée en 2003 par le père de Gabriel, puis fut reprise par sa mère en 2015 au décès prématuré de celui-ci. Ce n’est qu’en 2017, deux ans plus tard, que Gabriel intègre l’entreprise familiale. Il a alors la judicieuse idée de se former à la conception et réalisation de moules pour que son entreprise devienne autonome dans la fabrication des moules en acier servant à réaliser les pièces en caoutchouc.
A moins de 30 ans, avant de reprendre l’entreprise familiale, il s’assure auprès de tous ses salariés d’avoir leur confiance. Il s’engage à son tour auprès d’eux à leur rendre la vie plus facile, ce qu’il met immédiatement en place, avec la semaine des 4 jours et des tapis anti-fatigue.
Depuis, il a réussi à augmenter les salaires de 15% en deux ans, ce dont il est très fier et a maintenu une croissance de 8% puis 10 puis 11% sur les 3 dernières années ce qui lui a permis de doubler le nombre de ses collaborateurs, passant de 6 à 12 salariés.
Son rêve d’entrepreneur : faire grandir « gentiment » sa boîte.
Ce qui lui tient à cœur :
- ses collaborateursqui lui sont proches. Il les considère comme des amis.
Sa valeur clé : Le partage qui « n’appauvrit jamais celui qui donne et enrichit toujours celui qui reçoit » Certains de ses salariés sont entrés au capital, dont Denis le premier salarié de son père. C’est cette fibre sociale qui a valu à son entreprise de remporter le trophée de l’engagement social et sociétal en 2025 au SEPEM.
Il se réjouit d’ailleurs de n’avoir pas de turn-over ni de problème de recrutement. Au contraire ! Il reçoit des candidatures spontanées régulièrement de personnes ayant entendu parler en bien de son entreprise.
- L’équilibre vie pro / vie perso :
Gabriel est très attaché à sa famille, et au temps partagé avec elle.
Son conseil aux entrepreneurs :
Attaché au monde du rugby, il insiste sur la nécessité :de ne pas « flancher », de rester focus sur son objectif, de maintenir l’effort qui toujours paye, de réfléchir à 3 fois et « si tu es sûr de toi, de foncer » !
Dans le cadre d’une transmission familiale, il considère que sa légitimité s’est construite par le respect qu’il accordait à ses collaborateurs et par sa capacité à résoudre les problèmes. D’ailleurs être responsable n’est-ce pas être RESPONSE. ABLE, capable d’apporter des réponses ! Les siennes sont généreuses.
Merci Gabriel pour cela.
ANTOINE RAYMOND / ARAYMOND

Un peu d’histoire :
L’entreprise familiale ARAYMOND a été créée par Albert Raymond, l’arrière-arrière-grand-père d’Antoine en 1865.
En 1886 Albert dépose un brevet d’invention du bouton pression et en 1890 l’entreprise est déjà présente en Allemagne et en Angleterre.
L’innovation et la présence à l’international sont depuis le début dans l’ADN de l’entreprise familiale.
Antoine Raymond y entre en 1987, l’entreprise compte alors 1200 personnes et était présente dans 6 pays. Il en est devenu le cogérant en 1992.
En 2007 l’entreprise dénombre 3500 salariés et est présente dans 12 Pays.
Aujourd’hui 9000 personnes sont présentes au sein du groupe, organisées en petites entités pour rester « organique ».
Ce qui lui tient à cœur :
Antoine s’est attaché à maintenir un état d’esprit commun malgré la forte croissance et la taille de l’entreprise. Les valeurs centrales sont le plaisir et le respect, auprès desquelles gravitent l’innovation et la collaboration en gardant une forte conscience de l’interdépendance.
L’innovation s’incarne en particulier dans les modes de leadership (servant leadership) et le management favorisant l’esprit d’entreprendre.
Afin de faire grandir ses salariés, la CNV (communication non violente) ou la mindfulness sont entrés au sein du groupe.
Un grand défi aujourd’hui : embarquer les jeunes dans cette aventure humaine et non pas virtuelle.
Un conseil aux entrepreneurs :
- Rester soi-même,
- prendre le temps de rire,
- avoir envie de faire des choses extraordinaires,
- et chercher à être utiles pour faire grandir les hommes et les femmes dans l’aventure.
MARCEL PFANNER / PACT-SNZ ET GRADIUS

C’est le brevet « BSP » (Bon Sens Paysan) qui a sauvé Marcel de situations parfois difficiles au long de son parcours entrepreneurial.
Un peu d’histoire :
Premier achat en 2008 de Gradius qui venait de déposer le bilan et un long chemin pour reconstruire l’image de l’entreprise et l’ambiance de travail. (20 personnes aujourd’hui).
2010 : rachats de Pact et SNZ, revendues 13 ans plus tard, alors que le carnet de commande était au plus haut.
Ce qui lui tient à cœur :
Il est fier de dire qu’il n’a jamais pris de dividende, préférant assurer la pérennité de ses entreprises.
Si le métier de la tuyauterie a connu de nombreux aléas, la plus grande fierté de ce capitaine fut de voir tous ses salariés sur le pont pendant la tempête.
Qu’il s’agisse de l’aventure Pact – SNZ ou de celle de Gradius, Marcel a eu particulièrement à coeur de construire des relations de confiance, en interne comme en externe.
Au-delà du bilan transmis à ses banques partenaires, il leur a, chaque année, envoyé un rapport de synthèse les informant des grands moments ou décisions prises afin de soigner la relation.
Un conseil donné aux futurs repreneurs :
« Ne jamais rester seuls et profiter de son trajet retour le soir pour évacuer les tensions afin de ne pas laisser le stress rentrer chez soi.😊
DAMIEN DELANNOY / RAUCH SA

Un peu d’histoire :
Théodore RAUCH a créé en 1852 l’entreprise RAUCH qu’il vend en 2009 à deux repreneurs Xavier Doligez et Jacky Rodamel. Damien DELANNOY leur rachète l’entreprise en Octobre 2023.
L’entreprise RAUCH SA, avec un CA de 4M€ et 18 salariés est une entreprise d’ennoblissement de textiles techniques ( antifeu, antibactérien…).
Damien Delannoy partage avec les cédants une forte culture de la satisfaction clients.
Ce qui lui tient à cœur :
- Améliorer les conditions de travail en rendant les postes plus ergonomiques
- Assurer le transfert des savoir-faire
- et développer l’engagement environnemental dans une industrie textile très polluante.
Le rêve de Damien : participer à la transformation de cette industrie textile en devenant Irréprochable au niveau environnemental…
Il est père de 3 enfants et aspire à leur offrir un monde vivable.
Son conseil aux entrepreneurs :
Savoir sortir de sa boîte, être curieux des autres, bien s’entourer et surtout faire confiance à ses sens et à son l’intuition.

Illustration : Justine Louvet |